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#Lift10 : Redéfinir la vie privée ?
Bloging live en direct la conférence Lift à Genève. #lift10.
Pour Oliver Glassey de l’observatoire des sciences, de la politique et de la société à l’université de Lausanne, toute la question est de savoir comment la vie privée évolue à l’heure des identités socialement distribuées. On a l’impression que nous ne contrôlons plus la vie privée. Faut-il croire que la vie publique est la nouvelle norme de notre vie privée ? Faut-il croire ceux qui font la collecte de nos données personnelles qui nous en annoncent la fin ?
Quand on regarde comment les gens agissent en ligne, traite leur vie privée ou en parle, on est pourtant loin de la la prédiction apocalyptique de la fin de la vie privée. Les “Digital Natives” sont tout à fait conscients de la vie privée, ils en ont tous une et en ont tous une définition, comme le montre les travaux de danah boyd notamment. Ils n’en ont pas rien à faire, comme on voudrait nous le faire croire rapidement. Ils développent des stratégies complexes pour se protéger, mentir… et négocier les informations qu’ils acceptent d’échanger avec d’autres, en ligne.
Force est pourtant de constater que les gens publient de plus en plus d’information en ligne… Comment comprendre cette évolution ? Tout d’abord, il ne faut pas oublier que nous faisons face à de nouveaux artefacts, relativement récents. Pour beaucoup, les gens jouent avec leur identité en ligne, avec les gens qu’ils connaissent ou ne connaissent pas, comme le montre le coup de pub de Burger King, soulignant avec quelle facilité des centaines de milliers de personnes ont sacrifiés 10 de leurs amis sur Facebook en échange d’un hamburger gratuit. Pour Olivier Glassey, cela montre bien qu’une grande part de notre identité en ligne est aussi un jeu. Ce qui pose la question de savoir quelle valeur a notre amitié en ligne par rapport à nos amitiés réelles ? Quelles sont les connexions entre notre identité en ligne et notre vie réelle ? Mon identité en ligne est-elle réelle ?
Il y a beaucoup de formes d’identitiés sociales en ligne. Notre identité, la façon dont est perçu, est fragmentée selon les communautés auxquelles ont participe. Notre identité n’est pas la même sur ASmallWord et sur BeautifulPeople : on ne partage pas la même identité selon le contexte. Cela nécessite d’explorer la définition de soi-même et la conformité des contraintes liées à la pression de nos pairs. Que présentons-nous de nous-même en ligne ? Est-ce une représentation idéale de soi, ou le reflet de notre personnalité ? Sur Facebook, les gens ne prétendent pas nécessairement construire une image idéale d’eux-mêmes, mais plutôt refléter leurs personnalité. Notre identité en ligne se bâtit sur les contraintes liées à la représentation de soi et à la pression des autres.
Peut-on réinventer des frontières privées hétérogènes autour de notre identité ? L’étude Sociogeek a tenté de mesurer les contrastes qu’il y avait entre la représentation et la perception de l’intimité. Cela montre que les cultures de l’intimité sont diverses selon des critères sociaux, personnels… voire culturel, comme le montre le site Combiendebises.free.fr. Cette carte montre bien qu’il y a des frontières culturelles de la normalité, même dans un même pays. Comment nos cultures coexistent-elles dans les systèmes sociaux en ligne ? La coexistence de ces dynamiques, de ces négociations et coordinations entre ces aspects est difficile à mesurer. Mais ces éléments sont à prendre en compte dans la définition de ce qu’on peut considérer comme normal ou relevant de la vie privée. Le contexte détermine pour beaucoup ce que l’on entend par privé ou public.
Il faut comprendre la contradiction entre les dynamiques sociales et les réseaux sociaux. On ne parle pas de la même façon à son père seul, que s’il y a un collègue à côté de nous. Ce que l’on considère comme relevant de la vie privée est complexe. Pour réussir le test de Turing, une machine ne doit pas seulement être capable d’imiter un humain, mais aussi de l’imiter dans différents contextes pour différentes communautés. Et cela n’a rien à voir avec l’ajustement des fonctionnalités publiques de nos profils. La flexibilité de la vie privée selon nos rôles sociaux obéissent à différents buts et sont assez difficile à imiter via les sites sociaux. Pour les gens, les paramètres de contrôle de la vie privée sur les sites sociaux apparaissent avant tout comme des boites noires.
Il est délicat de comprendre comment nous négocions notre vie privée sur les réseaux sociaux. Comment gérerons-nous collectivement les données fragmentées de notre passé ? Facebook peut-il permettre, à long terme, de reconstruire nos biographies ? Pourtant, c’est bien à long terme qu’il faut penser la mémoire de nos vies privées. La fracture numérique de demain ne sera-t-elle pas entre ceux qui ont bâti leur identité en ligne et ceux qui ne l’auront pas bâti ? Quels outils, quelles règles légales, quelles normes sociales pourrons nous permettre de construire une mémoire et une amnésie sociale ?
Voir aussi les notes de Stéphanie Booth.